La coopération sanitaire internationale connaît un tournant majeur depuis l’annonce, en septembre 2025, de la nouvelle « America First Global Health Strategy » portée par le secrétaire d’État américain Marco Rubio.
Cette approche redéfinit les modalités de l’engagement des États-Unis dans le secteur de la santé mondiale en privilégiant les accords bilatéraux et le cofinancement, au détriment du multilatéralisme traditionnel.Présentée comme une stratégie visant à mieux défendre les intérêts nationaux américains, cette politique repose sur des partenariats directs avec les États.
Selon Stéphanie Tchiombiono, maîtresse de conférences associée à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, cette orientation marque une évolution notable de la diplomatie sanitaire américaine. Lors d’un webinaire organisé le 4 juin par le REMAPSEN sur la nouvelle géopolitique sanitaire mondiale, la chercheuse a souligné que Washington privilégie désormais clairement les négociations bilatérales.
À ce jour, une trentaine de protocoles d’accord ont déjà été conclus. D’une durée de cinq ans, ils portent notamment sur la prévention des maladies infectieuses émergentes, l’accès aux données sanitaires et le partage d’informations relatives aux agents pathogènes susceptibles de provoquer des pandémies.
En contrepartie, les pays partenaires sont appelés à participer financièrement aux programmes mis en œuvre.Cette nouvelle approche suscite toutefois des réserves en Afrique. Des pays comme le Zimbabwe, la Zambie et le Ghana ont refusé de signer ces accords, estimant que les conditions proposées créent un déséquilibre dans les rapports de force.
Face à ces préoccupations, l’Africa CDC a mis en place un dispositif d’accompagnement technique destiné à soutenir les États africains dans leurs négociations avec les autorités américaines.Autre changement notable : la stratégie américaine accorde désormais une place importante au secteur privé et aux organisations confessionnelles dans la mise en œuvre des programmes de santé.
Une évolution qui alimente le débat sur l’avenir de la gouvernance sanitaire mondiale et sur la capacité des pays africains à préserver leur souveraineté en matière de santé publique et de gestion des données.

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