À N’Djamena, les accidents de la circulation se répètent et, avec eux, des familles plongées brutalement dans le deuil. Derrière chaque victime, il y a une mère, un père, une épouse, un époux, des enfants et tout un avenir bouleversé. Mais au-delà de la violence des accidents, une autre question mérite aujourd’hui d’être posée : que faisons-nous dans les premières minutes qui suivent un drame ? Sur certains lieux d’accident, la priorité semble parfois être donnée au constat des faits avant l’évacuation rapide des blessés. Une situation qui soulève des interrogations sur l’organisation des secours et appelle à une réflexion urgente sur les pratiques à adopter pour sauver davantage de vies.
Dans les rues de la capitale, le scénario est malheureusement devenu familier, un choc, une foule qui accourt, des téléphones sortis pour filmer, des curieux qui entourent les victimes et, parfois, un blessé qui attend au milieu de la circulation. Pour les proches, ces quelques minutes paraissent interminables. Un accident ne se résume pourtant pas au véhicule endommagé ou aux responsabilités à établir : il y a d’abord une vie à protéger. Chaque minute passée sans assistance peut aggraver l’état d’une personne grièvement blessée. Le constat est nécessaire pour établir les circonstances d’un accident, mais la question fondamentale demeure : faut-il réellement attendre la fin des premières constatations lorsque la vie d’une victime est manifestement en danger ?« Quand quelqu’un est gravement blessé, on pense d’abord à le conduire à l’hôpital. Après, les responsabilités peuvent être établies », témoigne un habitant de N’Djamena, qui dit avoir été présent sur plusieurs scènes d’accident. Selon lui, la foule est souvent animée par la volonté d’aider, mais manque de formation sur les gestes à adopter. « Les gens veulent aider, mais ils ne savent pas toujours comment déplacer un blessé sans aggraver ses blessures. Il faut donc une véritable organisation des secours », estime-t-il. Ce témoignage met en évidence un autre problème : l’absence ou l’insuffisance d’une chaîne de secours rapide et clairement coordonnée, depuis le lieu de l’accident jusqu’à l’établissement sanitaire capable de prendre en charge la victime.
La présence des forces chargées de la sécurité routière sur les lieux devrait justement permettre de concilier deux impératifs : sécuriser la scène, préserver les éléments nécessaires au constat et surtout protéger la vie humaine. Les agents ne sont évidemment pas des personnels médicaux, et leur rôle judiciaire ou sécuritaire reste indispensable. Mais lorsque la situation présente une urgence vitale, la coordination immédiate avec les services de secours et les structures sanitaires devrait être une priorité absolue. « On peut relever les circonstances d’un accident après avoir mis le blessé en sécurité. Une vie humaine ne peut pas attendre », considère un autre témoin. Cette perception, largement partagée dans la population, mérite d’être entendue et transformée en réflexion institutionnelle.Car derrière les chiffres des accidents, il y a des destins brisés. Un homme qui ne rentre plus chez lui devient parfois le veuf d’une famille qui ne sera plus jamais la même ; une mère disparaît et laisse des orphelins ; un jeune plein de projets devient soudainement un nom inscrit sur une liste de victimes.
Face à cette réalité, la prévention routière ne peut plus se limiter aux campagnes de sensibilisation. Les autorités sécuritaires et sanitaires gagneraient à réévaluer les procédures appliquées sur les lieux d’accident, renforcer la coordination entre policiers, services de secours et hôpitaux, former les intervenants aux gestes de premiers secours et sensibiliser davantage la population à la conduite à tenir face à une victime. À N’Djamena, chaque accident devrait rappeler une évidence : le premier constat à faire, avant même celui des dégâts matériels, c’est de savoir si une vie peut encore être sauvée.
Éditorial
La Rédaction
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