La libération de Dr Succès Masra, président du parti Les Transformateurs, ainsi que de plusieurs responsables de l’ancien Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), à la faveur de la grâce présidentielle, constitue l’un des faits politiques majeurs de ces dernières semaines au Tchad. Cette décision ouvre incontestablement une nouvelle séquence politique. Dans ses premières prises de parole après sa libération, Dr Succès Masra a privilégié le ton de l’apaisement et de la réconciliation, allant jusqu’à évoquer la perspective d’un gouvernement d’union nationale pour permettre au pays d’avancer. Une proposition qui relance naturellement le débat sur la configuration politique du pays et sur les moyens de consolider la paix et la cohésion nationale.
Mais cette proposition est loin de faire l’unanimité. Dans les rangs du MPS, parmi certains partis alliés au pouvoir et auprès de plusieurs observateurs, l’idée d’un gouvernement d’union nationale suscite des réserves, voire une opposition. Pour certains, les équilibres politiques issus des dernières élections doivent être respectés ; pour d’autres, la réconciliation nationale ne saurait nécessairement passer par une redistribution des responsabilités gouvernementales. Pendant ce temps, les réseaux sociaux s’enflamment, transformant chaque déclaration en sujet de polémique. Le communiqué du Vice-Premier ministre chargé de l’Administration du territoire est d’ailleurs venu clarifier la position des pouvoirs publics et rappeler certaines réalités institutionnelles. Le débat est donc bien réel, mais une question demeure : ce débat politique permanent correspond-il réellement aux priorités du citoyen ordinaire ?
Car derrière les affrontements de déclarations, il y a un autre Tchad : celui des jeunes à la recherche d’un emploi, des familles confrontées à la cherté de la vie, des entrepreneurs qui cherchent à investir, des agriculteurs qui attendent davantage de soutien, des citoyens qui souhaitent des services publics plus efficaces et des populations qui espèrent voir les infrastructures annoncées devenir une réalité. Pour ces millions de Tchadiens, les querelles politiques sur les réseaux sociaux ne constituent pas l’urgence première. Ils veulent surtout savoir ce qui change concrètement dans leur quotidien. La réconciliation politique peut être nécessaire. Le dialogue peut être indispensable. Mais le développement du pays ne peut pas être éternellement renvoyé à demain.
C’est pourquoi la responsabilité du chef de l’État demeure centrale. Les élections ne doivent pas être seulement le moment des promesses ; elles doivent ouvrir la voie à leur réalisation. Le véritable défi est désormais de mettre en place un mécanisme rigoureux permettant de traduire les engagements pris devant le peuple en résultats concrets, visibles et évaluables. Chaque promesse importante devrait pouvoir être suivie, mesurée et évaluée : emploi des jeunes, éducation, santé, infrastructures, agriculture, développement économique, accès aux services essentiels et amélioration des conditions de vie. Le Tchad a besoin d’une politique de résultats, et non d’une politique qui se nourrit exclusivement de débats. La confiance des citoyens se gagnera moins par les discours que par les réalisations.
Au fond, la libération des acteurs politiques peut constituer une opportunité pour tourner une page et ouvrir un espace de dialogue plus serein. Mais cette nouvelle étape ne doit pas devenir une nouvelle saison de confrontations politiques interminables. Le Tchad a besoin d’un apaisement qui produit des résultats, d’un dialogue qui débouche sur des décisions et d’une unité nationale qui se traduit par des réalisations. Le peuple ne demande pas nécessairement à ses dirigeants d’être d’accord sur tout ; il leur demande de travailler à résoudre ses problèmes. Alors que les politiques se disputent le sens de l’avenir, le citoyen, lui, attend simplement de voir cet avenir prendre forme. La véritable question n’est donc plus seulement de savoir qui gouvernera avec qui, mais de savoir ce que le pouvoir fera concrètement pour les Tchadiens. C’est à cette aune, et non au bruit des réseaux sociaux, que devrait désormais se mesurer la réussite de l’action publique.
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