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Tribune : Suppression du visa d’entrée au Tchad, une erreur ou un pari sur l’avenir ?

À l’occasion de la cérémonie officielle d’ouverture du Forum de l’eau, le Président de la République, Chef de l’État, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, a annoncé une mesure historique : la suppression, à compter de janvier 2027, de l’obligation de visa d’entrée au Tchad pour tous les ressortissants des pays africains.

Cette décision, qui marque un tournant majeur dans la politique migratoire et diplomatique du Tchad, a immédiatement suscité un vif débat au sein de l’opinion publique. Sur les réseaux sociaux comme dans les espaces de discussion, les réactions oscillent entre enthousiasme et inquiétude.

Pour les partisans de cette réforme, il s’agit d’un acte politique fort qui traduit la volonté du Tchad de jouer pleinement son rôle dans la construction de l’intégration africaine. Cette décision s’inscrit dans l’esprit de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui ambitionnent de faire de la libre circulation des personnes un levier essentiel de développement économique, d’investissement et de rapprochement entre les peuples du continent.

À l’inverse, d’autres observateurs redoutent que cette ouverture ne fragilise davantage un contexte sécuritaire déjà complexe. Le Tchad demeure confronté à de multiples menaces, notamment le terrorisme dans le bassin du lac Tchad, où les groupes armés, en particulier Boko Haram, continuent de représenter un défi majeur. Pour ces voix critiques, une ouverture des frontières sans renforcement conséquent des dispositifs de contrôle pourrait accroître les risques d’infiltration de réseaux criminels ou terroristes.

Ces préoccupations méritent d’être entendues. Toutefois, il convient de rappeler que le Tchad n’est ni le premier ni le seul État africain à emprunter cette voie. Des pays tels que le Rwanda, les Seychelles, la Gambie, le Bénin, le Togo, le Ghana, le Kenya et plusieurs autres ont déjà adopté, totalement ou partiellement, des politiques similaires afin de favoriser la mobilité des citoyens africains et de stimuler les échanges économiques et commerciaux.

Au-delà des divergences d’opinion, une réalité s’impose : aucun État africain ne peut, à lui seul, relever les immenses défis du développement, de la sécurité, du commerce, du changement climatique ou de l’emploi des jeunes. L’intégration régionale et continentale n’est plus un simple idéal politique ; elle constitue une nécessité stratégique pour renforcer la résilience et la compétitivité de l’Afrique dans un monde de plus en plus organisé en grands ensembles économiques.

L’histoire récente montre d’ailleurs que d’autres régions du monde, notamment l’Union européenne ou les États du Golfe, ont très tôt compris que la coopération et la libre circulation pouvaient devenir des moteurs de prospérité et de stabilité. L’Afrique accuse un retard qu’elle ne peut plus se permettre de prolonger.Cela étant, reconnaître la pertinence de cette vision ne signifie pas ignorer les réalités du terrain. Le principal défi n’est peut-être pas la suppression du visa en elle-même, mais la capacité de l’État à accompagner cette réforme.

Le Tchad devra impérativement renforcer le contrôle intelligent de ses frontières, moderniser les dispositifs de sécurité dans les aéroports et aux postes frontaliers, améliorer les systèmes d’identification et de renseignement, et intensifier la coopération sécuritaire avec les pays voisins.En définitive, la suppression du visa ne doit pas être perçue comme une simple mesure administrative, mais comme un choix stratégique qui exige une préparation rigoureuse.

L’ouverture des frontières ne saurait se faire au détriment de la sécurité nationale. Le véritable défi consiste à concilier ces deux impératifs : bâtir un Tchad plus ouvert sur l’Afrique tout en garantissant une protection efficace de son territoire et de ses citoyens.

L’intégration africaine est une ambition légitime. La sécurité nationale demeure une exigence absolue. Le succès de cette réforme dépendra donc moins de l’annonce présidentielle que de la capacité des institutions à en assurer une mise en œuvre maîtrisée, crédible et efficace.Ahmat Adoum Moussa

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