À N’𝗗𝗷𝗮𝗺𝗲𝗻𝗮, 𝗶𝗹 𝘀𝘂𝗳𝗳𝗶𝘁 𝗽𝗮𝗿𝗳𝗼𝗶𝘀 𝗱𝗲 𝘀𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗺𝗲𝗻𝗲𝗿 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗰𝗲𝗿𝘁𝗮𝗶𝗻𝘀 𝗺𝗮𝗿𝗰𝗵ée𝘀 𝗼𝘂 𝗽𝗼𝗶𝗻𝘁𝘀 𝗱𝗲 𝘃𝗲𝗻𝘁𝗲 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝘁𝗼𝗺𝗯𝗲𝗿 𝘀𝘂𝗿 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝘂𝘁𝗲𝗮𝘂𝘅, 𝗺𝗮𝗰𝗵𝗲𝘁𝘁𝗲𝘀, 𝗰𝗼𝘂𝗽𝗲-𝗰𝗼𝘂𝗽𝗲, 𝗹𝗮𝗻𝗰𝗲-𝗽𝗶𝗲𝗿𝗿𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗮𝘂𝘁𝗿𝗲𝘀 𝗼𝗯𝗷𝗲𝘁𝘀 𝘀𝘂𝘀𝗰𝗲𝗽𝘁𝗶𝗯𝗹𝗲𝘀 𝗱’ê𝘁𝗿𝗲 𝘂𝘁𝗶𝗹𝗶𝘀𝗲é𝘀 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗯𝗹𝗲𝘀𝘀𝗲𝗿. Ils sont exposés au milieu des marchandises ordinaires, accessibles presque comme n’importe quel produit.
Une situation qui interpelle dans une capitale où les autorités appellent régulièrement la population à renoncer à la violence, à privilégier le dialogue et à préserver la paix. Entre les discours sur le vivre-ensemble et certaines réalités du quotidien, une question s’impose : sommes-nous en train de banaliser les instruments de la violence ?Dans plusieurs quartiers de la capitale, les armes blanches ne sont pas uniquement associées aux activités professionnelles ou domestiques.
Certains jeunes peuvent facilement se procurer des couteaux, des machettes ou des lance-pierres, parfois sans que leur utilisation future ne fasse l’objet d’une quelconque interrogation. « Un jeune peut venir acheter un couteau aujourd’hui et personne ne lui demande réellement pourquoi il en a besoin », témoigne Moussa Ali, commerçant. Pour lui, le problème ne vient pas nécessairement des commerçants : « Nous vendons ce que les clients demandent. Mais il faudrait peut-être davantage sensibiliser et contrôler certains usages».
Dans la rue, le sentiment est différent. « Ce qui fait peur, c’est qu’une simple dispute entre deux personnes peut rapidement tourner au drame lorsqu’un couteau ou un autre objet dangereux est à portée de main », estime Madja Aristide.Le paradoxe d’un discours de paixCette réalité pose une question plus profonde : comment construire durablement une culture de paix lorsque les moyens pouvant faciliter la violence restent facilement accessibles ?
Le paradoxe est d’autant plus visible que les autorités tchadiennes appellent régulièrement les citoyens à la retenue, à la tolérance, au règlement pacifique des différends et au renforcement de la cohésion sociale.
Ces appels sont nécessaires. Mais ils doivent aussi être accompagnés d’actions concrètes de prévention. « On nous demande de vivre ensemble et de ne pas répondre à la violence par la violence. C’est une bonne chose. Mais il faut également agir sur ce qui peut transformer une querelle banale en agression », estime Madkillam Josué. Au-delà du risque sécuritaire, c’est l’image de la capitale et, par extension, celle du Tchad qui peut être affectée.
Une ville où des objets dangereux semblent pouvoir être acquis facilement peut donner aux visiteurs comme aux citoyens le sentiment d’une société où la violence est devenue une réalité ordinaire. Elle peut également alimenter la peur et la méfiance, particulièrement chez les familles qui s’inquiètent de voir des jeunes porter ou utiliser de tels objets. Pourtant, le Tchad se présente comme une nation attachée à la paix, à la cohésion sociale et au vivre-ensemble. Cette ambition exige une cohérence entre les paroles et les actes.
Sensibiliser les commerçants, encadrer davantage la vente de certains objets, renforcer la prévention dans les quartiers et surtout éduquer les jeunes à la non-violence pourraient constituer des pistes concrètes. Car une société pacifique ne se construit pas uniquement dans les discours officiels, elle se construit aussi dans les marchés, dans les rues, dans les familles et dans la manière dont chacun apprend à gérer les conflits.
À N’Djamena, le véritable défi n’est donc pas seulement de lutter contre ceux qui commettent des violences, mais aussi d’empêcher que les instruments de cette violence ne deviennent des objets banals du quotidien.La Rédaction
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