«Non, Isaac Tédambé ne sera pas enterré dans l’oubli !
Isaac Tédambé est parti ce 29 octobre 2026 à 72 ans. Un jour triste pour le Tchad, mais également au-delà des frontières. Une grande et belle plume s’est teinte. Une tête définitivement partie.
Sa plume, oui sa plume éclairante et édifiante. Son cœur a cessé de battre. Mais son œuvre, elle, vivra dans chaque classe, dans chaque école, dans chaque esprit tchadien qui a ou aura ouvert République à vendre, son chef-d’œuvre devenu emblématique.
Aujourd’hui, j’ai un sentiment double et contrasté. Celui de la stupeur mais surtout de la colère.Où sont les autorités ? Où est le ministère de l’Éducation nationale ? Le ministère de la Culture. On veut laisser partir Issac Tedambé comme une vulgaire personne ? Un inconnu ? Non, nous refusons. Il mérite modestement sa place.On enseigne ses livres. On utilise son œuvre pour former nos enfants. Mais quand il meurt, c’est le silence. Un silence glacial. Un mépris inacceptable.
À part un hommage flasque et laconique et du ministère de la Culture sur sa page Facebook, rien. Le ministère de la Jeunesse s’est mu dans un silence révoltant comme s’il ne connaissait pas Issac Tedambé. Oui, puisqu’il n’est pas issu de leur communauté, ils ont préféré passer à autre chose. Mais quel mépris, bon sang !On veut enterrer Issac en silence, comme un inconnu. Non. Le Tchad des lettres refuse. Son village Ganli refuse. Isaac Tédambé n’est pas un nom de la rue. C’est un monument. C’est une mémoire. C’est une fierté nationale. Nous ne réclamons ni or ni diamant, mais la reconnaissance nationale pour ce qu’il a valu et continuera de valoir pour le Tchad.
Imaginons un seul instant (même s’il n’est pas bon de comparer les morts), lorsqu’un chanteur populaire ou un artiste de divertissement meurt, la machine étatique s’emballe. Les hommages pleuvent, les ministres se déplacent, les moyens grand format sont déployés pour des funérailles nationales. On multiplie des publications et on organise toutes sortes de cérémonies. Quant à un cerveau à la trame d’Issac Tedambé, on exploite la sueur de son esprit, et on veut l’enterrer comme un anonyme.Hier c’était Joseph Brahim Seid, Maoundoé Naïdouba, Antoine Bangui, Zakaria Fadoul Kithir, et aujourd’hui c’est Issac Tedambé qu’on veut envoyer dans la liste des inconnus. Le gouvernement doit en avoir honte. Le Président de la République, Maréchal du Tchad, Mahamat Idriss Deby Itno, doit avoir la même affliction que son homologue sénégalais Bassirou Diomaye Faye, qui a rendu un hommage mérité à Cheikh Hamidou Kane, l’immortel auteur de l’Aventure ambiguë, et tout le peuple sénégalais avec.Il faut qu’à un moment donné, nous arrêtions de résumer la culture à un folklore ou au divertissement immédiat. Un musicien fait danser le pays le temps d’une saison, et on lui déroule le tapis rouge à titre posthume. Tant disque qu’un écrivain qui s’arrache les neurones toute sa vie, je dis toute sa vie, pour bâtir la pensée critique d’une nation, la former, la conscientiser et on le laisse partir par la petite porte, dans l’indifférence nationale. Il faut arrêter ça. Celui que nous appelions « Pah Laye » (Laye étant son fils aîné et donc Pah Laye qui veut dire « papa de Laye, en langue Moundang ») mérite mieux s’il vous plait.
Ayons de la grandeur de lui rendre un hommage qu’il mérite. Ce n’est pas une faveur que nous réclamons mais un mérite que nous voudrions célébrer.Nous, ressortissants de Ganli, le village d’Issac Tedambé, lançons donc un cri d’alarme solennel aux autorités et à tous les Tchadiens. Nous voudrions déconstruire l’interprétation selon laquelle l’excellence intellectuelle ne paie pas, le mérite littéraire n’a aucune valeur institutionnelle.Pour Issa Tedambé, il faut, au minimum :
1. Un hommage national digne de son immense talent.
2. Sa décoration à titre posthume dans l’Ordre national du Tchad.
Le Tchad ne peut pas continuer à tourner le dos à ceux qui ont fait sa grandeur. Je me répète : ne laissons pas s’éteindre sa mémoire dans l’indifférence. Ne décourageons pas ceux qui se battent pour l’image du Tchad.
Un peuple qui ne sait pas célébrer ses illustres plumes est un peuple condamné à stagner.Paix à ton âme, Issa Tedambé, Pah Laye. Tu vas vraiment nous manquer. Tout Ganli te pleure aujourd’hui, tout le Tchad te pleure. Toute la planète te pleure et te pleurera à jamais.Pour le reste, nous allons continuer à nous battre pour que cette République ne soit pas vendue s’il en était encore possible.» Par Nathaniel Mounone, Communicant
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