La dengue gagne du terrain dans plusieurs villes du Tchad et continue de faire des victimes dans une inquiétude grandissante. Face à cette menace sanitaire, les populations semblent livrées à elles-mêmes, confrontées à une maladie dont la progression met à rude épreuve un système de santé déjà fragilisé. Récemment interpellé par les députés à l’Assemblée nationale, le ministre de la Santé publique a reconnu les difficultés liées à l’acquisition du vaccin, indiquant que celui-ci se trouve actuellement en France et que son coût demeure particulièrement élevé. Une déclaration qui soulève de nombreuses interrogations sur la capacité du pays à anticiper les crises sanitaires et à garantir une protection efficace à sa population. Pendant ce temps, la maladie poursuit sa progression et l’urgence ne peut plus attendre.
À cette difficulté s’ajoute un autre problème majeur : l’insalubrité persistante dans plusieurs quartiers de la capitale, N’Djamena. Les eaux stagnantes, les déchets abandonnés et le manque d’assainissement constituent un environnement favorable à la prolifération des moustiques vecteurs de la dengue. Comment prétendre lutter efficacement contre cette maladie sans s’attaquer sérieusement à ses principales causes environnementales ? La prévention ne doit pas se limiter aux discours de sensibilisation. Elle exige des actions concrètes, notamment des opérations régulières d’assainissement, l’élimination des eaux stagnantes, le traitement des zones à risque et une mobilisation collective impliquant les autorités municipales, les services sanitaires et les citoyens.
Le constat dans certains hôpitaux et centres de santé est tout aussi préoccupant. Les patients, parfois épuisés par la fièvre et les douleurs, font la queue dans des conditions difficiles pour bénéficier d’une consultation, qu’il s’agisse du paludisme ou de la dengue. Au-delà de l’affluence, c’est la question de l’accès réel aux soins qui interpelle. Certes, le Premier ministre a annoncé la gratuité de la prise en charge de la dengue, couvrant les consultations, les examens et les soins. Mais sur le terrain, la réalité rapportée par certains patients semble bien différente : il faut d’abord débourser de l’argent pour la consultation et les examens médicaux, avant de bénéficier de la gratuité une fois le diagnostic positif confirmé. Une situation paradoxale qui risque de décourager les personnes les plus vulnérables et de retarder leur recours aux structures sanitaires. La gratuité des soins ne doit pas être une simple annonce gouvernementale ; elle doit être une réalité accessible dès le premier contact avec le service de santé.
Face à cette contradiction, l’État doit impérativement revoir et renforcer les mécanismes d’application de cette mesure. Il est indispensable de clarifier les procédures, de mettre les ressources nécessaires à la disposition des formations sanitaires et de contrôler effectivement le respect de la gratuité annoncée. Les structures de santé doivent être suffisamment approvisionnées en médicaments, en réactifs et en équipements, tandis que le personnel soignant doit bénéficier d’un accompagnement adapté à l’ampleur de la situation. Il faut également renforcer la surveillance épidémiologique, intensifier les campagnes de prévention et envisager des mécanismes de prise en charge permettant aux patients suspects de dengue d’accéder aux examens sans être freinés par des contraintes financières. Car une politique sanitaire ne se mesure pas à la portée de ses déclarations, mais à ses résultats dans les hôpitaux et au soulagement qu’elle apporte aux populations.
Aujourd’hui, le Tchad est face à une véritable urgence sanitaire. La dengue ne peut être combattue uniquement à travers des déclarations officielles, des annonces de gratuité ou des interventions ponctuelles. Elle exige une réponse nationa,le cohérente, rapide et à la hauteur du danger. Le gouvernement doit agir sur plusieurs fronts : assainir les villes, renforcer les capacités des hôpitaux, faciliter l’accès aux examens, garantir la gratuité effective des soins et mobiliser les moyens nécessaires à la prévention. Il ne s’agit plus seulement de gérer une épidémie, mais de protéger des vies humaines. Chaque jour perdu peut avoir des conséquences dramatiques pour les familles. La santé publique ne doit pas attendre que la situation devienne incontrôlable pour devenir une priorité absolue. Face à la dengue, l’heure n’est plus aux promesses : l’heure est à l’action.
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